1. Solvay Brussels School of Economics and Management

Retour sur l'initiative "Covid-Solidarity" !

Publié le 13 mai 2020 Mis à jour le 13 mai 2020

Durant la période de confinement, des étudiants de la Solvay Brussels School ont participé au lancement et à la mise en place de la plateforme "Covid-Solidarity". Entretien avec Olivier Rousseaux, fondateur de Covid-Solidarity.

Qu'est-ce que le projet Covid-Solidarity ?

Covid-Solidarity est une plateforme qui met en relation des personnes nécessitant de l’aide et des bénévoles disponibles dans le même quartier. Le projet est né en plein milieu de la crise COVID-19, soit le vendredi 13 mars, le soir de l’annonce du confinement général. Ce projet est une initiative 100% bénévole et gérée, dès le départ, par de nombreux talents provenant de tous les horizons en Belgique.

Comment ce projet est-il né ? Avez-vous eu un déclic particulier pour en arriver à lancer ce projet engagé ?

Le projet est né d’un déclic tout à fait spontané déclenché par les annonces et l’effet de panique relatif aux contraintes du confinement. C’est en entendant que tout le milieu académique allait être à l’arrêt, du moins fortement ralenti, que je me suis dit que de très nombreux étudiants pourraient rendre service à des personnes en difficulté vivant dans le même quartier. C’est aussi en voyant la ruée de la population vers les supermarchés que je me suis dit que de nombreuses personnes plus faibles auraient besoin d’un coup de main.

Qui est à l'initiative du projet ?

Le projet est né de mon initiative, mais je ne suis pas resté seul très longtemps. Après avoir publié sur Facebook une invitation pour lancer un hackathon virtuel le week-end du 14 et 15 mars, de nombreuses personnes ont répondu à l’appel. Le post a été partagé sur le groupe Facebook BeTech qui réunit des étudiants et entrepreneurs belges. Grâce à ce groupe, tout s’est vite accéléré et les principaux contributeurs du projet, toujours là, ont pu directement prêter main forte, en travaillant naturellement à distance.

Est-ce une initiative purement construite et lancée par vous, ou vous avez été guidé/conseillé par d'autres acteurs pour lancer ce projet ?

Je ne suis naturellement pas seul dans ce projet, mais c’est un travail d’équipe et le fruit de l’intelligence collective qui a permis d’atteindre étape par étape les résultats que nous avons aujourd’hui. Dans cette démarche de hackathon, il était très important de rester concentré sur un objectif précis, soit développer quelque chose de simple et rapide et que cela profite directement à toute la population. Il faut dire qu’un hackathon permet de déclencher de très nombreuses idées, mais le fait de le faire virtuellement avec des personnes qu’on ne connaît pas ajoute de gros enjeux de coordination (compétences, idées, priorités, disponibilités).

Parmi les premiers contributeurs, certains ont pu, tout de suite, fournir leur talent dans le cadre de la “production” pour réaliser le site et le faire évoluer. D’autres, par la suite, ont mis à disposition leur technologie gratuitement ce qui nous a permis de renforcer notre offre et de gagner en efficacité. Assez rapidement, nous avons pu obtenir le soutien de nombreuses startups qui sont entrées dans le projet immédiatement.

Parmi celles-ci :

Cumul.io : Développement d’un tableau de bord pour mesurer nos résultats.
Slack : Plateforme de chat activée gratuitement pour faciliter la communication.
Manual.to : Faciliter les instructions pour la coordination des actions call-center.
Mention : Outil qui permet d’identifier les conversations sur les réseaux sociaux.
Asana : Mise à disposition d’un outil de gestion de projet facilitant la collaboration.

Une startup, Aircall.io a permis d’accentuer davantage notre présence et accessibilité auprès de la population, grâce à la mise à disposition d’une technologie comparable à un call-center virtuel. Grâce à cette solution, nous avons pu faciliter la prise de contact auprès de toutes celles et ceux qui ne disposent pas d’internet ou qui ne sont pas sur les réseaux sociaux, soit notre cible principale. Cette solution fonctionne sous forme d’application mobile qui est téléchargeable sur n’importe quel smartphone. La prise en main est simple et immédiate.


Grâce à la mise en place de ce call-center virtuel, qui a mobilisé plus de 100 opérateurs bénévoles francophones, néerlandophones ou bilingues, mais également les Red Lions (équipe nationale de hockey), les Red Panthers (l’équipe de hockey féminine) et à partir de ce mardi, les Red Flames (l’équipe national de football féminine), nous avons pu augmenter par 8 le nombre de demandes d’aide par jour. Au total, nous avons eu plus de 1200 appels en +/- 15 jours, avec certains pics à 130 appels par jour.

Par comparaison à des structures classiques, notre “pivot” vers le call-center était nécessaire, mais en plus, sans risque car tout le monde a pu contribuer à son implémentation sans aucun danger. Il ne nous a pas fallu une heure de travail pour attirer plus d’une centaine de jeunes bénévoles disponibles pour décrocher le téléphone. Ils ont tous été formés à distance en moins de 24h. L’infrastructure classique a été remplacée par des éléments très confortables pour nous : pas de salle à louer, pas de téléphones à trouver, pas de risques sanitaires.

Quelle a été la valeur-ajoutée de nos étudiants dans le lancement et la gestion du projet ?

La participation de plusieurs étudiants de la Solvay Brussels School, en l'occurrence, Léon Lamotte et Stijn Verlinden, a été déterminant dans la mise en place de Covid-Solidarity. Bien qu’ils n’aient presque pas d’expérience professionnelle, ils ont agi avec bon sens et ont pu, dès le premier jour, prendre des responsabilités managériales. D’une part, Léon a pris en charge toute la partie “Support”, soit la gestion des mises en relation, au début manuelles, puis rapidement automatisées, entre les bénévoles et les personnes appelant pour avoir de l’aide. D’autre part, Stijn a piloté la gestion des réseaux sociaux et géré une équipe de 5 personnes pour la communication dans son ensemble. Outre leurs compétences, ils ont, comme beaucoup d’autres, amené de l’intelligence, du pragmatisme, et du commitment.

Est-ce que vous vous attendiez à un tel engouement pour Covid-Solidarity ?

Absolument pas, sauf quand j’ai vu que mon premier post générait un certain engouement, alors que tout le monde stressait pour les pénuries de PQ et de spaghetti. Nous, on était déjà en train de bosser pour aider des personnes vraiment à risque. Même si j’ai une bonne expérience dans la gestion de marques sur les réseaux sociaux, j’ai pu, pour la première fois, activer un projet sur les réseaux sociaux avec un objectif sociétal plus valable et largement plus fédérateur.

Aujourd’hui, grâce à l’énergie de tous les membres initiaux du projet, les nombreux soutiens que nous avons reçu de la population, des acteurs de la grande distribution et la générosité des médias, nous avons pu rassembler plus de 8000 bénévoles partout en Belgique et aider plus de 800 personnes dans différentes tâches, dont la gestion et livraison des courses de première nécessité. Ca peut sembler faible par rapport à la taille de la population mais c’est en les comptant un par un qu’on se rend compte de l’impact que nous avons eu.

Bien-sûr, nous n’avons pas pour objectif de dominer la solidarité comme dans un marché où une entreprise cherche à grandir et à acquérir des parts de marché, mais de s’assurer que chaque personne qui rentre sur notre plateforme soit choyée et aidée le plus vite possible. C’est aussi en créant une relation avec toutes ces personnes que nous avons pu écouter la population et les nombreux autres besoins qui n’étaient pas clairement communiqués.

Parmi ceux-ci, la problématique de l’isolement est apparu très rapidement. Si l’enjeu des courses de première nécessité fut important à court-terme, l’accompagnement de très nombreuses personnes âgées ou à mobilité réduite, et confinées chez elle, est apparu comme encore plus prioritaire. C’est pour cette raison que nous avons mis en place un programme dédié au support psychologique qui sera lancé ce mardi 28/04.

Une fois la pandémie du Covid-19 derrière nous, qu'auriez-vous le plus appris de tout cela ?

Les apprentissages sont très nombreux et nous éclatent à la vue bien plus vite que dans le domaine du “privé” où chacun trace sa ligne de son côté. Pour commencer, je dirais que le plus grand apprentissage, c’est la capacité à réaliser des choses grandes sans beaucoup de moyen. Si le temps fourni par chacun depuis le début peut être valorisé à plusieurs centaines de milliers d’euro, s’il doit être apparenté à de la consultance, le projet ne nous a finalement coûté que 50€, pour acheter le nom de domaine et l’hébergement du site.

Par ailleurs, je pense aussi que l’intelligence collective en Belgique mérite d’être davantage exposée car les talents sont très nombreux mais trop peu mis en avant. Pourquoi ? Peut-être car notre société ne tourne pas rond et que trop de gens qualifiés consacrent trop peu de temps à des initiatives solidaires. A force d’entendre dans la presse que la Belgique en est arrivé à un point de rupture, c’est vrai, mais ça ne concerne que la classe politique qui ne semble pas assez mesurer ce que la population peut apporter sans aucune attente derrière.

Je suis fier et rassuré d’avoir participé à un tel projet solidaire et j’espère sincèrement qu’il n’est pas qu’un épisode lié à une crise dramatique, mais qui reste marginale par rapport aux nombreux autres contextes de souffrance qu’une partie de la population subit au quotidien. Tant mieux si cela a réveillé la population, mais j’espère que cela va inscrire toutes celles et ceux qui ont agi à leur façon dans une démarche durable. Il n’y a bien-sûr pas que dans le cadre de la protection de l’environnement qu’on doit parler de développement durable.

Envisagez-vous une reconversion pour le projet une fois cette crise passée ?

Maintenant que le plan de déconfinement a été présenté, d’une façon assez archaïque, il faut l’avouer, le risque est de voir la population courir à nouveau à toute vitesse pour récupérer le temps perdu, soit 2 mois de confinement. Certes, on veut pouvoir revoir nos proches, aller manger un bout au restaurant, faire une cure désintoxication digitale, mais il ne faut pas oublier que la détresse de nombreuses personnes continuera, Covid ou pas Covid.

Dans le cadre de Covid-Solidarity, nous avons prévu d’organiser un transfert d’activité auprès d’une association existante, gérée par un ami, et dont la vocation est d’aider les personnes en situation de dépendance. Un projet mérite de perdurer mais pour se faire, il doit être intégré au sein d’une structure dédiée. Nous communiquerons cette phase de transition en temps voulu, aussi bien auprès des bénévoles qu’auprès des personnes isolées.

A titre personnel, cette expérience dans l’entrepreneuriat social m’a significativement marqué sur la richesse des interactions humaines qui peuvent être développées en si peu de temps. Dans un pays où on cherche la complexification absolue, je veux pouvoir, à titre personnel, continuer à m’investir dans une approche similaire et permettre à d’autres associations de profiter de mon expertise pour les aider à se structurer. Je pense qu’il ne sera pas difficile de convaincre les membres de l’équipe et nos partenaires de poursuivre leur participation.

Avez-vous un message à faire passer à notre communauté Solvaysienne, ainsi qu'à nos étudiants ?

Aux membres du personnel académique, je suggérerais d’inscrire davantage encore les notions de CSR (Corporate Social Responsibility) dans leurs programmes, dès la 1ère année car ce n’est pas une connaissance qui s’acquiert à condition d’une autre. Pourquoi ne pas mettre en place un “TP” pratique dédié aux associations. Ceux-ci pourraient comporter les mêmes éléments qu’on retrouve dans le business plan d’une création de société, sauf qu’ils ne seraient évidemment pas simulés. Intégrer directement les responsables d’association avec les étudiants contribuera certainement à un meilleur fonctionnement : day-one.

Aux étudiants, je suggérerais la même démarche à la différence qu’ils peuvent déjà chercher sur Internet une association proche de chez eux et proposer leurs compétences. Puisque notre attention est, tous les jours, capturées par les réseaux sociaux, j’inviterais les étudiants à faire un meilleur usage de leur temps et de consacrer déjà +/- 2h par semaine à un projet caritatif. On peut être un bon, voire parfois, meilleur entrepreneur, sans pour autant générer du profit. Ce sont deux mondes complémentaires et rien n’exclut l’un de l’autre. Une meilleure productivité au sein des entreprises pour davantage d'entraide sur le côté, ça marche !

Un dernier mot ?

Ceux qui veulent encore apporter leur aide au travers de notre projet peuvent nous contacter. Je remercie encore Léon et Stijn pour leur support continu et suggère qu’ils partagent aussi leur expérience lors d’un prochain événement. Sinon, on fait un BBQ tous ensemble. Ca sera bien mérité et c’est encore plus sympa.